Home Archives 2018 novembre

Archives du moinovembre 2018

0

Protéger à la fois le patrimoine, la libre circulation des touristes et les droits des populations, tel est le défi que· notre siècle doit relever. De nouveaux axes pour le tourisme d’aujourd’hui et de demain se profilent à l’horizon.
Des centre-ville saturés, des échafaudages rongeant les flancs de sites touristiques majeurs – comme les pyramides-, des îles paradisiaques fermées au tourisme … Ces images effraient et les mesures toujours plus nombreuses pour préserver le patrimoine mondial font craindre une mutation profonde dans le tourisme de masse.
Nos semblables voyagent de plus en plus, et partent de plus en plus nombreux. Cela a forcément un impact sur l’environnement en général et la préservation des sites visités, en particulier. Le bénéfice tiré de l’économie touristique incite gouvernements, organismes et professionnels du voyage à attirer une clientèle toujours plus large sur les destinations qu’ils promeuvent, au détriment des conditions de vie des populations locales et cela à long terme.
Christian Orofino, co­président de l’Obget (Observatoire géopolitique écotouristique) se désole par exemple de voir l’Unesco labeliser des sites sans avoir pensé au préalable, en concertation avec les autorités locales, à une stratégie d’accueil.

Quotas et fermetures temporaires de certains sites

La détérioration de monuments est effectivement due à plusieurs facteurs et pour freiner une érosion tant des sites que des cultures, des mesures draconiennes sont prises vis-à-vis des touristes. Une partie du site de Pompéi est fermé au public ; les îles Similan en Thaïlande sont temporairement interdites au tourisme ; les sites archéologiques mayas ne peuvent plus se gravir à même la pierre, mais sont accessibles via des échafaudages ; un quota de visiteurs est imposé en Antarctique et aux Galapagos ; le centre­ville de Barcelone est fermé aux groupes de plus de 50 personnes …
Autant de barrières qu’on aurait pu éviter en préparant l’accès aux touristes ? Pour sensibiliser les foules, certains tour-opérateurs et croisiéristes organisent pour leurs clients lors de leur séjour des visites d’écoles, d’orphelinats, d’ateliers de rénovation de céramiques dans les communautés visitées. D’autres proposent aux voyageurs de prendre pari à une activité communautaire, écologique ou encore de vivre chez l’habitant afin qu’ils se sentent impliqués dans leur action à l’étranger lorsqu’ils voyagent.
Afin de changer les moeurs et de faire évoluer le tourisme vers une conscience collective de notre environnement, des mesures incitatives sont instaurées, comme les « Palmes du tourisme durable », dont la l ère édition récompense les professionnels du voyage ayant récemment mis en place des actions concrètes pour préserver l’environnement et favoriser le contact avec les populations locales.
Ce décloisonnement permettrait de désaturer les régions et sites aujourd’hui engorgés et en danger et de répartir l’intérêt touristique sur l’ensemble des destinations et sur les différentes périodes de l’année, oeuvrant ainsi à toujours nourrir la curiosité du voyageur tout en préservant l’authenticité d’un lieu, d’une culture et d’un savoir-faire.

0

Le Golfe Arabique. Des pla­teformes pétrolières, des tankers qui font cap vers le même point. Puis, une mer turquoise et des boutres, ces vieux gréements qui ont peu chan­gé depuis l’Antiquité. Enfin, des gratte-ciels. L’arrivée à Manama depuis les airs donne un aperçu de ce qu’est Bahreïn. Un archipel d’abord, avec trente-trois îles si­tuées entre l’Arabie Saoudite et le Qatar. Un carrefour commercial oc­cupé depuis l’aube de l’humanité, qui, bien avant la découverte de l’or noir, assurait sa prospérité grâce à ses perles. Les pêcheurs bahreï­nis, les meilleurs de la région, en récoltent toujours. Jacques Car­tier ne jurait que par ces nacres. En arrivant à Bahreïn, on marche sur les traces du célèbre joaillier parisien. Et l’on découvre un pays aux contrastes saisissants, entre tradition et modernité. Manama, la capitale, avec ses tours géantes, ses centres commerciaux et ses quartiers d’affaires, n’a rien à en­vier aux autres pays du Golfe. L’aéroport se trouve à Muharraq, deuxième plus grande île de l’ar­chipel et capitale historique. Sur la route, on aperçoit les maisons tra­ditionnelles de l’archipel : petites bâtisses d’un ou deux étages, recouvertes de crépis couleur crème. Et puis, au détour d’un vi­rage, on se retrouve au XXIe siècle, avec les buildings de la Diploma­tie Area et de Bahrain Bay. Ces prestigieux quartiers regroupent ministères, ambassades et hôtels. Réserver une chambre dans un de ces gratte-ciels garantit une vue imprenable sur la capitale et la mer. Ici, l’eau est partout. Bahreïn signi­fie « les deux mers » : plusieurs nappes phréatiques jaillissent à même l’océan, et ce serait cette eau saumâtre qui donnerait aux perles de Bahreïn leur éclat si par­ticulier.

5000 ans d’histoire

Grâce à ces sources d’eau douce, l’Homme a pu coloniser l’archipel dès le IV millénaire avant J.-C. La région s’appelait Dilmun, et ses habitants contrôlaient un vaste territoire : la côte Est de l’Arabie et les île’s du Golfe. Mais le cœur politique et économique de Dilmun se trouvait à Bahreïn même. Il s’agissait d’un peuple de commerçants affairés, qui liaient, grâce à leur talent de navigateur, la Mésopotamie (l’Irak actuel) et la vallée de l’lndus (aujourd’hui au Pakistan). L’île était alors recouverte d’une jungle luxuriante et de terres arables. Dilmun achetait aux Indes épices, pierres précieuses et bois, et revendait ensuite ces produits rares contre les métaux mésopotamiens. Ces marchands pouvaient compter sur les perles de Bahreïn comme monnaie d’échange. Les sceaux, qui scellaient ces marchandises, se retrouvent dans tout le Moyen­ Orient.

Ce rôle de carrefour commercial a rendu célèbre l’archipel. Dans l’épopée de Gilgamesh, un des plus vieux poèmes jamais écrits, Bahreïn est décrit comme le paradis sur Terre, là où fut créé, peut-être le jardin d’Eden de l’Ancien Testament. Gilgamesh, roi légendaire de Mésopotamie, était parti à la recherche de Dilmun afin d’y trouver la source de l’immortalité, un périple qui lui a fait traverser tout le Moyen-Orient ; une fois arrivé, Gilgamesh se jeta à la mer, une pierre attachée à ses pieds, comme le faisaient les pêcheurs de perles d’autrefois. C’est au fond de la mer qu’il a recueilli « la fleur de l’immortalité ».

Un carrefour culturel

Mais Dilmun n’était pas éternelle, au contraire du légendaire Gilga­mesh. Cette civilisation a disparu en même temps que Babylone, en 538 av. J.-C. C’est grâce aux soldats d’Alexandre le Grand que Bahreïn retrouve sa place dans le cours de l’Histoire. Désirant établir des bases navales, le conquérant ma­cédonien envoie l’amiral Archias de Pella en reconnaissance. L’expédi­tion touche les côtes de Bahreïn en 323 av. J.-C. et les Grecs nomment le pays Tylos. La mort d’Alexandre la même année met fin à ce pro­jet de colonisation mais la culture hellénistique perdure pendant plu­sieurs siècles. Si cette période de l’Histoire est méconnue, plusieurs historiens et géographes, comme Strabon ou Pline l’ancien, relatent l’existence de Tylos. L’archipel est alors sous domination, des Séleucides, héritiers d’Alexandre au Moyen-Orient.

Avec l’écroulement des Empires grecs d’Orient. D’abord les Parthes au lie siècle av. J.-C., puis la dynastie des Sassanides, au 111e siècle apr. J.-C. À partir de cette époque, la région s’appelle Bahreïn. La po­pulation qui y vit est cosmopolite: mazdéens, juifs, chrétiens et enfin musulmans. En 629, l’archipel embrasse l’Islam à la demande du prophète Mohammed. Bahreïn dé­pend toujours du commerce avec le Moyen-Orient. En 750, Bagdad devient la capitale du Califat des Abbassides. C’est alors une des plus grandes villes du monde, et la plus prospère. Les îles du Golfe Arabique profitent de l’engoue­ment des Abbassides pour les pro­duits de l’Inde et de Chine. Bahreïn redevient un carrefour commercial majeur mais aussi un pays de culture et de philosophie. De cé­lèbres théologiens musulmans en sont originaires, comme le Sheikh Maitham Al Bahrani au XIIIe siècle.

Bahreïn, terre de tolérance

Bahreïn a donc hérité d’un brassage de cultures : les Perses, les Grecs, les Arabes, les Portugais, qui occupent l’île au XV siècle, et enfin les Britanniques, qui dès 1820, signent un traité de protectorat avec la famille des Al Khalifa, toujours au pouvoir aujourd’hui. Autant d’influences qui façonnent toujours le visage du Royaume et explique la tolérance qui y règne. Depuis son indépendance en 1971, de nombreux étrangers se sont installés à Bahreïn.

Fait rare pour la région, la population locale reste majoritaire. Plus de la moitié des habitants de l’archipel sont d’origine bahreïnie. Etrangers et locaux vivent en harmonie dans le respect de l’autre. Une tolérance historique! Si la constitution de Bahreïn proclame l’Islam comme religion officielle, elle garantit aussi la liberté de culte. Ainsi, les temples hindous côtoient les mosquées et le roi Hamed ben Issa Al Khalifa a pour projet de construire la plus grande cathédrale du Moyen-Orient à Manama. Bahreïn abrite également une importante communauté juive, originaire d’Irak. Le roi souhaite donc affirmer la tolérance qui règne dans cette petite monarchie.

Le symbole le plus éclatant : la place des femmes dans la société. Elles ont le choix de leur religion. La constitution leur garantit les mêmes droits que les hommes et a aboli la notion de tuteur, qui existe toujours dans certains pays de la région. Les femmes occupent des postes à hautes responsabilités dans l’administration, la finance, la culture, entre autres. Elle promeut les richesses historiques de Bahreïn avec vigueur et détermination. Grâce au travail de son équipe, l’année 2017 a été placée sous le signe de l’archéologie.

Le paradis des archéologues

De sa riche Histoire, Bahreïn compte de nombreux vestiges. Les archéologues européens découvrent la richesse extraordinaire du patrimoine bahreïni dès la fin du x1xe siècle. Dans le nord de l’île se trouve en effet la plus grande nécropole antique du monde. Des dizaines de milliers de tumulus funéraires ont permis de retrouver l’existence de Dilmun, jusque-là oubliée.

En 1954, les archéologues danois Peder Vilhelm Glob et Geoffrey Bibby déterrent des fortifications, au nord-ouest de Manama. Il s’agit d’une forteresse construite par les Portugais au XVIe siècle. C’est sous les murs de Oa I’ at Al Bahrain que se cachent un des sites archéologiques les plus importants de la région. Sous la direction de la mission danoise jusqu’en 1972 et de la mission française (dirigée par Monik Kervan et Pierre Lombard) depuis 1977, les fouilles révèlent des ruines bien plus vieilles que le fort portugais : rien de moins que la capitale de Dilmun et de Tylos. Le site est d’une richesse rare : fondations des bâtiments, tablettes d’argile cunéiformes et grecques, pièces de monnaie, sceaux, poteries, sculptures : tout le quotidien de !’Antiquité apparaît au fur et à mesure que l’on creuse. Toutes ces pièces sont exposées au Musée de la forteresse. Inspiré de l’architecture traditionnelle de Bahreïn, le musée retrace l’histoire de Oal’at Al Bahrain, de Dilmun jusqu’au XVIIIe siècle, lorsque le site fut abandonné par les habi­tants. Le bâtiment lui-même a été construit autour du « Mur du récit». Ce mur reprend les strates archéologiques du site : la pre­mière provient de .Oilmun, la der­nière du Moyen Age islamique. Pour continuer ce voyage dans le temps, il faut se rendre au Musée national de Bahreïn. Ouvert tous les jours, il possède de nom­breuses antiquités exception­nelles, provenant de la nécropole, de Oal’at Al Bahrain ou encore d’autres sites comme la mosquée Al Khamis [ une des plus vieilles mosquées du monde). Mais on y découvre également l’Histoire Contemporaine de Bahrein.

La route de la Perle

Si Manama est aujourd’hui une métropole moderne, l’île de Muharraq a su conserver le charme ancien de ses petits villages de pêcheurs. Plusieurs maisons traditionnelles ont été restaurées, et composent aujourd’hui un parcours sur les traces de leurs anciens occupants : les Activités perlières, témoignage d’une économie insulaire. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012, cette« route de la perle» est un hommage à ces hommes qui ont fait la richesse de l’île. Le circuit traverse toute la vieille ville: le port, avec le fameux fort d’Arad, puis le souq et ses maisons rénovées : résidences de riches négociants, magasins, entrepôts et mosquées. A l’heure actuelle, la majeure partie du circuit est achevée, il sera totalement ouvert au public en début d’année 2018′. Et pour les amateurs, plusieurs agences de voyage privées organisent des parties de pêche à la perle. Les plus chanceux ont le droit de garder leur trouvaille.

Après Muharraq, la visite de Manama s’impose ; le black 338, à Adliya, est le « Saint-Germain­des-Prés de Bahreïn ». Ce petit quartier au sud de la ville mêle galeries d’art, restaurants et bars, dans une ambiance bohème et élégante. Quartier le plus prisé de la jeunesse bahreïnie, la fête y bat son plein les soirs de week-end. Quel contraste avec le calme qui y règne en journée ! Flâner dans les rues ombragées d’Adliya est un petit moment de bonheur. Et ce sera l’occasion de découvrir les artistes qui sont exposés dans les nombreuses galeries du quartier. Les plus célèbres : Albareh art gallery et l’Arabesque Art Gallery. Les artistes internationaux y côtoient la fine fleur de l’art bahreïni, comme les travaux du peintre surréaliste Abdulla Almuharraqi ou de Nasser Al Yousif, qui subliment le quotidien des habitants. C’est au souq de Mana ma que la vie quotidienne de l’archipel se révèle. Situé derrière Bab-al-Bahrain (« la porte de Bahreïn »). ce marché fut autrefois le cœur commercial du pays. Les marchands y vendent de tout, mais c’est là que se trouvent les plus belles créations de l’artisanat local : parfums, encens rares, poteries, bijoux parés des fameuses perles, et petites boîtes de bois précieux ornées d’or fin comptent parmi les plus exceptionnels.

Vivre la mode Bahreinie

Riche grâce à son Histoire et sa culture, l’archipel a encore bien plus à offrir. Profitez d’un repos bien mérité, sur les plages qui bordent le littoral. Les plages publiques sont libres d’accès et même certaines plages privées sont ouvertes au public. Le désert,  » c’est-à-dire tout le sud de l’île, vaut le coup d’œil. Une bonne partie est couverte de derricks, rappelant l’importance des hydrocarbures dans la région. Le Musée du pétrole retrace l’histoire de l’or noir bahreïni et son importance pour ses habitants. C’est d’ailleurs à proximité des forages qu’a été construit le premier circuit de Formule 1 du Moyen-Orient, projet porté par le prince héritier de Bahreïn. Le Grand Prix a lieu tous les ans en avril, mais il est possible de visiter les infrastructures toute l’année. Pour les passionnés de vitesse, il est possible de s’essayer à la conduite sur piste, aux commandes de bolides dernier cri.

Pour un peu, on se croirait Michael Schumacher, le premier vainqueur du GP. Pour les plus jeunes, ou les moins intrépides, Bahreïn a ouvert une piste de karting copiant les principales caractéristiques du circuit. Passer du temps à Bahreïn, c’est aussi profiter d’une gastrono­mie d’exception.

Comme le monde entier se re­trouve à Bahreïn, on peut com­mencer la journée autour de galettes de pain, de tomates, d’œufs et d’un café à la cardamone, (le petit déjeuner classique des Bahreïnis), puis profiter des nombreux restaurants indiens à Al Hoora, où le repas ne vous coû­tera que quelques euros, et finir dans un des luxueux restaurants de Mana ma pour déguster une cui­sine internationale raffinée, avec une vue imprenable sur la capitale.

Enfin, une étape obligée du voyage sera de se rendre à l’île d’Hawar, la plus au sud de l’archipel. Cette île est une réserve naturelle protégée, presque vide d’habitants et d’eau douce. Seuls s’y trouvent un palais royal, une base militaire, un hôtel 4 étoiles, le Hawar Beach Hotel.

Mais surtout, le désert, à perte de vue. Si le désert de Bahreïn est en partie industrialisé, celui d’Hawar est intouché, sauvage. L’hôtel organise des safaris afin de découvrir la faune qui y vit : gazelles du désert [indigènes de l’île], oiseaux migrateurs, les très rares balbuzards pêcheurs, etc. Et après l’agitation de cette grande ville qu’est Manama, être seul au monde entre le désert et la mer turquoise possède un charme indéfinissable.

La perle du Golfe

Bahreïn est resté longtemps à la marge des cartes touristiques. Pourtant, ce petit archipel regorge de richesses. Le royaume prépare déjà l’après-pétrole, et compte sur le tourisme pour développer le pays. Si le Grand Prix de Formule 1 attire déjà plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an, Bahreïn possède bien d’autres atouts à même de séduire les touristes les plus exigeants. Le gouvernement espère accueillir près d’un million de voyageur annuel à l’horizon 2020: férus d’Histoire, passionnés de course automobile, ou amateurs d’arts, tout le monde peut trouver son compte à Bahreïn. Et qui sait, le voyage peut s’avérer profitable, si au cours d’une partie de pêche, vous trouvez une Danna, la perle la plus parfaite, et donc la plus recherchée, de Bahreïn.