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Dossier été 2017 : Le tourisme en France

On a coutume d’affirmer chaque année, lorsque les chiffres de fréquentations touristiques sont annoncés, que la France, cocorico, est le premier pays visité au monde. Sans doute certains pensent-ils que c’est l’esprit des lumières qui est célébré dans les villes et les sites les plus visités (Paris compte, par exemple, en moyenne chaque jour près de 10 % de population étrangère touristique). On loue le poids majeur de l’activité du secteur dans l’économie nationale. L’économiste et historien Jacques Marseille aimait rappeler d’ailleurs que « dès le XlX » siècle, l’excédent lié au tourisme en France compensait la moitié du déficit de la balance des paiements.  » Les touristes ont fait naître, puis ont porté le développement du tourisme en France. Des associations (Touring CIub de France, Club alpin français, Automobile Club de France) ont vite contribué à l’information, à l’organisation d’activités et au balisage d’itinéraires, au développement de l’accueil et de l’hébergement.

LE TOURISME EUROPÉEN EN QUELQUES CHIFFRES (2010)

> Population de I’Union européenne (27) :5oo millions d’habitants :

    • Taux d’intention de départ : 64 %
    • 76 % des Européens partant en vacances vont en Europe
    • 1er critère de choix : la qualité des infrastructures touristiques
    • 1ère activité en vacances : le repos

> Près de 50 % des Européens utilisent lnternet pour préparer ou acheter leurs va.cances.

> 30 % des Européens décident de leurs destinations à la dernière minute.

    • 30 % des Européens achètent des Forfaits tout compris.

> Budget moyen « vacances  » : 2 083 €. Exemples :

    • Royaume-Uni : 2372 €
    • Allemagne : 1956 €
    • France: 1945 €
    • Espagne : 1879 €
    • Plus de 8o % des Européens choisissent leurs vacances en fonction de leurs finances
    • 7% ont déjà ou vont emprunter pour partir en vacances

> 5 à 6 millions d’emplois directs.

Source : Baromètre lpsos – Europ Assistance (2011).

La démocratisation du tourisme en France a touché les vacances d’été d’abord, les congés d’hiver, puis le développement des départs en week-end et le fractionnement des départs en toutes saisons, amplifiés par les nouveaux temps libres. Ce phénomène de masse porté par la croissance économique au cours des Trente Glorieuses, par la construction d’infrastructures (transports, stations du littoral et de la montagne, villages de vacances, campings, etc.) s’est étendu aux régions rurales, puis aux villes.

Le touriste en France est un touriste de loisirs ou un touriste d’affaires. Qui connaît cependant son influence sur l’ensemble des consommations de produits dérivés ? Personne. Avant l’instauration de l’espace de Schengen, les statistiques comptaient les passages aux frontières, mais les frontières ont disparu en Europe et l’euro a remplacé la majorité des monnaies continentales. Les données principales proviennent encore aujourd’hui de la Banque de France. Tout ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que le tourisme est le premier secteur excédentaire dans les échanges extérieurs de la France. Un excédent annuel de 9, 10, 13, voire 15 milliards d’euros ? On ne sait pas précisément, mais c’est bien plus que l’industrie automobile ou que l’industrie agro-alimentaire.

Le tourisme apparaît bien souvent comme la ressource contribuant à diversifier l’activité locale face aux déclins agricole et industriel. Le produit « France », lui, n’est pas délocalisable, ses habitants non plus ; l’industrie touristique est composite, son tissu dense porte souvent les dynamiques régionales. Pourtant, certains ressentent une perte de son influence dans le monde touristique. Cette évolution s’explique par la courte durée moyenne des séjours dans l’Hexagone – pays de transit pour les vacanciers de l’Europe du Nord vers l’Europe du Sud -, par la faiblesse des investissements et par des politiques qui encourageraient I’ allongement des séjours d’affaires et d’agrément, notamment en région parisienne (moins de deux nuitées en moyenne) alors que les touristes, eux, sont de plus en plus mobiles. Il faut donc savoir les attirer et les fidéliser.

Les perspectives de croissance du tourisme

Si la France doit maintenir sa part de marché touristique dans le monde dans les vingt prochaines années et si les croissances à l’échelle globale des flux touristiques internationaux poursuivent le doublement décennal observé depuis un demi-siècle (ce qui n’est pas certain, malgré les prévisions – sans doute très optimistes – de l’OMT qui ne prennent en compte que les arrivées aux frontières, indicateur de mobilité, et non le volume des séjours nationaux et internationaux), ce sont plusieurs dizaines de millions de personnes supplémentaires qui devront être accueillies sur le territoire national. La mondialisation, malgré ce que certains en disent, peut enrichir (500 millions de personnes dans le monde sont sorties de la pauvreté en 20 ans, le nombre de personnes solvables a augmenté). Le tourisme est l’une des premières aspirations des nouveaux consommateurs. C’est donc là un gisement d’emplois considérable en France, bien plus que toutes les autres industries. Le regard que les étrangers posent sur nous, sur nos atouts et sur nos faiblesses est révélateur à cet égard. Le tourisme est mondialisé, les analyses doivent l’être également.

Il est parfois difficile de connaître le poids réel du tourisme dans l’économie locale. L’exemple de la Corse est à ce titre intéressant. Certaines publications l’estiment de 7 à 30 %. On connaît le nombre de nuitées ou de passagers, certes, mais que sait-on de leurs achats, de leurs dépenses, de leurs influences sur l’économie ? En Dordogne ou dans la Creuse, le tourisme représenterait plus de 50 % de l’activité économique. Cela signifie donc que le touriste est avant tout un consommateur, voire un revenu potentiel générateur d’emplois, pour l’ensemble des acteurs économiques. Le pouvoir d’achat d’un touriste se mesure soit à sa monnaie nationale, soit à son revenu. L’augmentation des salaires moyens nets (en prenant comme référence l’année 1950 en base 100 en euros constants, l’indice atteint 353 en 2007) et du pouvoir d’achat ont contribué à l’expansion de la consommation touristique.

Les consommations touristiques en France

Les consommations prennent désormais des formes particulières, notamment marquées par le court séjour et le recours à la technologie (internet). Les produits touristiques reposent aujourd’hui sur trois éléments essentiels : la qualité, le prix et la capacité à fidéliser une clientèle, puisqu’ils sont appelés à être consommés plusieurs fois dans la vie du consommateur. Il n’est pas rare que les touristes partent plusieurs fois dans l’année, même si la baisse récente du taux de départ en vacances des Français – liée à l’évolution de leur pouvoir d’achat et à la crise – indique qu’ils font des arbitrages économiques très clairs pour maintenir leurs traditionnelles vacances d’été « longs séjours » (au moins deux semaines), dans un cadre protecteur, le plus souvent familial,  » viatique anti-grisaille et moment de retrouvaille et de convivialité  » selon Petra Friedmann, l’ancienne directrice générale d’Opodo France.

Les évolutions des comportements des consommateurs influencent, évidemment, l’ensemble de l’offre touristique. Proximité, balnéaire, découverte : telle pourrait être la trinité du touriste français. Les Français s’avèrent assez casaniers. Disposant sur leur sol de richesses touristiques d’une exceptionnelle variété, ils ne voyagent pas beaucoup à l’étranger contrairement aux Allemands et aux Anglais. Et s’ils le font (à peine 10 % du nombre total des séjours annuels estimés), c’est en majorité dans un horizon proche, l’Europe représente 70 % des déplacements touristiques des Français hors Hexagone.

Ce besoin de proximité – notamment géographique, linguistique et culturelle – décide souvent de la destination que choisit un Français lorsqu’il franchit une frontière ! C’est pour cette raison que le touriste français apprécie de voyager au Maghreb, au Sénégal ou au Québec. Hélas pour lui, les pays non francophones sont majoritaires dans le monde. Et les Français ne sont pas tous encore polyglottes. C’est en parcourant, par exemple, des pays d’Asie ou d’Amérique latine que le touriste français se sent vraiment à l’étranger. Pour se préserver d’un choc touristique trop important, il fait souvent appel à des agences de voyages spécialisées en leur achetant un forfait garantissant l’ensemble des prestations touristiques (transport aérien, transport terrestre, hôtellerie, etc.). Les sonorités de langues « étranges » ou les habitudes culinaires suffisent à se sentir ailleurs, sans risquer de se perdre (ce qui finalement est extrêmement rare, convenez-en) !

Que serait la France sans ses traditionnels bouchons des jours de départ en vacances, voire en week-end durant les ponts du mois de mai, aux fameux péages de Saint-Arnoult ou du triangle de Rocquencourt ? Des centaines de milliers de touristes parcourent ses routes en permanence, avec une prédilection pour la saison estivale (dite « haute saison » de juin à septembre et « très haute saison » de mi-juillet à mi-août), pour une destination méridionale (30 % des nuitées en camping dans le Sud-Est), pour des courts séjours (près de 60 % des séjours). C’est une réalité démographique et économique incontournable. Mais d’autres signes soulignent les faiblesses du tourisme en France… Ainsi, les départements d’outre-mer (DOM) dépendent de façon quasi exclusive de leurs relations avec la métropole, en contradiction avec l’ensemble des évolutions des flux touristiques et des nouvelles formes de consommations (proximité, courts séjours, etc.) observés partout ailleurs. La Martinique, la Guadeloupe ou La Réunion présentent une inadéquation, ou une inadaptation, de leurs ressources à des dynamiques désormais largement mondialisées : les deux premières souffrent, par exemple, de la concurrence d’autres destinations, comme la République dominicaine pour le tourisme de croisière.

Préparer I’avenir

Plus largement, une comparaison entre la situation touristique nationale et celle de nos voisins et concurrents immédiats, Espagne et l’Italie, a été effectuée lors des Assises du tourisme, en 2008, et plus récemment, en juin 2010, lors de la présentation par Atout France de  » Stratégie Destination France 2010-2020 « . Elle montre qu’au contraire de ces deux destinations, la France est perçue, par les Allemands et par les Britanniques notamment, plus comme une destination de court séjour qu’une destination de vacances. Le tourisme en France dépend trop de la place de Paris (une certaine monocéphalie du tourisme urbain et international) et de la Côte d’Azul ces deux seules destinations attirent plus d’un million de visiteurs. Son coût est perçu comme élevé (rapport qualité-prix assez faible) et son accueil comme sommaire (problèmes culturels, de formation et de compétences professionnelles). Les enjeux sont importants, et la France doit s’y préparer. C’est pourquoi la France a pour objectif, en présentant cette nouvelle « Stratégie », de devenir la première destination en valeur en Europe à I ‘horizon 2020. Il s’agit, pour cela, de choisir les bonnes cibles et d’y concentrer les efforts : les seniors des marchés matures, les nouvelles classes moyennes des pays émergents, les familles, mais aussi les jeunes qui peuvent véhiculer une image positive de la destination. Si la France propose des offres adaptées aux jeunes touristes étrangers, ceux-ci contribueront, par le biais des différents réseaux sociaux, à porter des images de la France insuffisamment reconnues : son caractère festif, sa modernité, voire sa qualité avant-gardiste dans certains domaines.

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